La nébuleuse du Crabe
Je reviens d’un congrès passionnant sur la mitochondrie, avec des chercheurs, des physiciens, des médecins, des penseurs… un de ces espaces rares où la science, la médecine et la conscience semblent dialoguer.
J’ai été particulièrement impactée par la conférence de Pierre Etchard, en ouverture du congrès. Une phrase m’est restée : notre cerveau déteste l’incohérence. Il cherche à rétablir l’équilibre quitte à tordre la réalité pour y parvenir. En effet, la dissonance cognitive active des zones du cerveau liées à la douleur et au conflit. Et dès que le cerveau retrouve une forme de cohérence -même illusoire, même via un mensonge- cela le calme et relance le circuit du plaisir.
Et dans une époque saturée de contradictions, ce mécanisme est omniprésent.
Une question m’a traversée : notre plus grand défi n’est peut-être pas de “savoir”, mais de rester capables de ne pas refermer ce qui dérange ? De cultiver une curiosité cognitive plutôt qu’une certitude défensive, afin de garder vivante notre capacité à se remettre en question pour ne pas s’enfermer dans des dogmes, ouvrir de nouvelles manières de penser et intégrer de nouveaux paradigmes.
J’ai été frappée par un exemple fascinant : la nébuleuse du Crabe.
Elle a été observée par les astronomes chinois de juillet 1054 à avril 1056, après l’explosion d’une étoile devenue supernova.
Mais en Occident, elle ne sera décrite que plusieurs siècles plus tard, en 1731.
Pourquoi ce décalage ?
Non pas parce qu’elle n’était pas visible.
Mais parce qu’elle n’était pas “pensable” dans le cadre du paradigme dominant issu de la tradition aristotélicienne (les cieux sont immuables, contrairement au paradigme chinois selon lequel les cieux changent).
Et ce qui ne peut pas être pensé… finit souvent par ne pas être vu.
Il aura fallu changer de cadre de pensée pour pouvoir enfin voir ce qui était déjà là.
Un exemple parmi d’autres du conditionnement de la pensée scientifique, et de la pensée tout court : « voit pas seulement avec les yeux mais avec un cadre de pensée » (Thomas Kuhne).
Parfois nous vivons des situations difficiles, des schémas qui se répètent, en boucles lancinantes.
Et souvent, nous cherchons à “résoudre” avec les mêmes outils, les mêmes repères, les mêmes cadres.
Comme si nous essayions de sortir d’une pièce… en restant à l’intérieur du même plan.
Je chemine en ce moment avec cette pensée : pour transformer réellement quelque chose, il semble nécessaire d’accepter ce moment particulier, celui du doute, de l’inconfort intellectuel.
Celui où l’ancien cadre ne tient plus complètement…mais où le nouveau n’est pas encore là.
Ce moment fragile où le mental cherche à refermer…
Pour justement créer les conditions en nous d’un « changement de paradigme”.
Avez-vous identifié vos paradigmes fondamentaux ? Ceux qui structurent votre manière de pensée ?
L’invitation est d’aller les regarder, de voir là où un doute pourrait se faufiler, comme une brèche laissant passer la lumière, la possibilité du changement. Même (ou surtout), là où vous pensez que ce n’est pas possible.
Je vous envoie une brassée de douceur, merci d’être là, de me lire, c’est un moment savoureux que de partager, réfléchir, nous connecter entre cœurs ouverts.