Faire du tumulte une valse
Le réveil sonne et les verbes d’action s’enchaînent : sauter sous la douche, avaler le café, dévaler les escaliers, foncer vers le métro, se précipiter dans la journée.
Des verbes de vitesse car on n’a pas de temps à perdre.
Même dans les loisirs ce n’est qu’organisation, planning et horaires serrés.
Une urgence de vivre
Les contraintes multiples (et exponentielles !) d’une part, et la survalorisation du « temps libre » d’autre part, nous ont plongés dans une sorte d’urgence de vivre.
Comme si pour profiter de la vie, il nous fallait vivre le plus de choses possibles.
Ce nouvel imaginaire du bonheur : une vie pleine à craquer d’expériences, d’interactions, qui, à l’instar de nos villes, serait sans « temps morts ».
Étrange expression, les temps morts. Où il ne se passe rien. Espaces désertiques que l’on fuie.
Comment avons-nous basculé dans cette philosophie singulière faisant du bonheur une course ?
Où la félicité consisterait à savourer les moments vécus a posteriori ?… mais les intervalles entre une action et une autre sont tellement fugaces que nous avons à peine le temps de nous imprégner de ce qui vient d’être vécu, qu’un autre moment plus intense vient se superposer au précédent, saturant nos récepteurs à souvenirs.
La mémoire elle-même devient floue à défaut d’être regardée.
Ces temps morts, les plus vivants
Il nous suffit pourtant d’une pause pour goûter — oh mais avec quelle puissance ! — la saveur du moment que nous vivons dans l’instant même : un regard dans le tram, une fleur sur le trottoir en allant au travail, le ciel rose sur la Garonne, la saveur d’un fruit bien mûr, d’un baiser, d’une danse… Rien de tout cela ne peut être pleinement apprécié dans la vitesse. Car ces moments prennent naissance dans nos ressentis, lorsque nous suspendons nos actions, que nous observons. Ces temps morts qui à mes yeux sont les plus vivants !
Repenser notre écologie de vie
Nous sommes écolos, nous défendons notre Terre en souffrance, surexploitée.
Ne voyons-nous pas que nous faisons de même avec nos vies ?
Outre l’apologie de la lenteur, mon propos est ici de questionner notre écologie de vie : de revoir notre conception d’une « bonne vie » (suractive, pleine à craquer de choses passionnantes, ou pas), qui finalement manque tant de bonté envers nous-mêmes (système nerveux en alerte, épuisement, santé, perte de sens…).
Peut-être est-il temps de repenser ce qui fait une vie épanouissante. Car de nos représentations naissent nos choix, nos actions et la manière dont nous habitons le monde. Et comment prendre soin de la Terre si nous ne savons pas prendre soin de nous-mêmes ?
Apprendre, au cœur même du tumulte, à changer de rythme… jusqu’à en faire une valse.
Dans ce début d’automne, le temps est propice à laisser aller ce qui veut se détacher de l’arbre, ce qui peut-être nous encombre encore.
Je nous souhaite un automne d’une douceur infinie, pour accompagner avec délicatesse la lumière qui peu à peu diminue.
Avec tout mon amour ! 🍊
🎬 Pour aller plus loin
Une vidéo courte et percutante du brillantissime Aurélien Barrau, « Écologie et nouveau pacte avec le vivant », que je vous recommande grandement.
🥗 Quand le temps manque…
Pour continuer à vous nourrir vraiment sans passer des heures en cuisine, découvrez 3 menus types sains et savoureux dans l’article : 3 idées de menus sains et savoureux quand le temps manque.